Enseignement en ligne : Wandida, ceci n’est pas un MOOC

Wandida

Une plateforme lancée par deux marocains à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) en Suisse qui rentre dans la catégorie des Open Educational Ressources, traduisez Ressources Éducatives Libres. Ce sont des cours en ligne, ouvert et en télé-enseignement.

OKFN Morocco : Comment est né le projet wandida ?

El Mahdi : Initialement d’un brouillon assez amateur vers 2010 mais qui n’a pas vraiment vu le jour publiquement, à l’époque j’étais étudiant et je travaillais occasionnellement comme tuteur pour des étudiants en premier cycle universitaire. Depuis, il y a eu l’expérience web atypique mais très formatrice au sein de mamfakinch qui m’a sensibilisé au potentiel disséminatoire du matériel multimédia et des possibilités que cela offre pour l’enseignement, ensuite l’illustration de ce potentiel par la réussite d’initiatives plus antérieures comme la Khan Academy ou le MIT opencourseware, puis surtout grâce à une improbable rencontre avec le professeur Guerraoui suite à quoi le projet a pris la forme actuelle.

OKFN Morocco : Dans quelles langues le site se décline ?

El Mahdi : Pour l’instant, en Français, en Arabe Standard, en Darija Maghrébin et très récemment en Anglais.

Il ne s’agit pas de traduction à partir d’une langue de référence, mais pour chaque langue le contenu est créé de manière native, c’est très important pour la pédagogie et l’intuition de l’apprenant. D’autres langues ne tarderont pas s’ajouter au fur et à mesure que les contributeurs se joignent à nous.

OKFN Morocco : Qu’est-ce que vous espérez à travers ce projet ?

El Mahdi : D’abord créer une plateforme réellement ouverte, dans le O de ouvert il n’y a pas que la gratuité, il y aussi et surtout la possibilité d’accès au contenu sans inscription obligatoire.

Ensuite, devenir une centrale d’hébergement de leçons auto-contenues: pour l’instant les plateformes de MOOCs se révèlent être une bonne opportunité pour la formation continue des diplômés, mais elles n’attirent que très peu d’étudiants en cours de formation, pour ceux-ci, un MOOC est un complément de cours très inadapté et chronophage, notre cible est l’étudiant qui, bloqué face un concept précis, ira chercher sur internet une explication à la fois académiquement utile tout en lui laissant le temps de revenir à ses cours/révisions/projets, il n’a pas le temps de feuilleter un MOOC chapitre par chapitre, aussi excellent soit ce MOOC, juste parce qu’il bloque sur une technique de changement de variable explicable en 5 minutes, ou qu’il a besoin d’une explication d’un point très spécifique sans avoir le temps de parcourir tout ce qui vient avant.

D’autre part, sur une plateforme de cours en ligne, il m’est difficile (ou me prendra énormément de temps), sur un même cours de faire le circuit suivant: la notion A chez le prof-1, la notion B chez le prof-2, puis la notion C chez le prof-3 ou re-chez le prof-1 ou 2: je dois suivre tout un cheminement de cours, avec ses chapitres et contraintes de structure. On ambitionne de faciliter les circuits modulaires pour l’apprenant.

De plus, on veut redonner sa place à la tâche d’enseignement dans le milieu académique. Par cette plateforme, on compte valoriser le travail d’enseignement effectué par les intervenants.

Dernier objectif, orthogonal aux précédents, Wandida Research Summaries, où des chercheurs pourront déposer des résumés de leurs publications, résumés ne remplaçant pas la lecture de la publication elle-même mais aidant un autre chercheur par exemple à savoir si elle rentre dans le cadre bibliographique dont il a besoin ou simplement permettant à l’auteur de valoriser son travail en en donnant ce type de résumé.

Et par dessus tout: expérimenter: nous sommes encore à l’âge de pierre de l’enseignement en ligne, personne ne doit céder aux certitudes et il faut perpétuellement se questionner.

OKFN Morocco : Sous quel type de licence est publié le contenu du site et pourquoi ?

El Mahdi : Creative Commons CC-BY-NC-SA, sauf mention contraire explicite.

CC parce qu’on n’a aucun problème avec la reprise de nos leçons, à condition de respecter le NC: une ré-utilisation par des tiers ne peut être commerciale, de citer correctement l’auteur et la source (BY) et finalement SA (partager avec la même licence) par respect à la décision de l’auteur de la leçon.

Les licences creative commons sont aujourd’hui ce qu’il y a de plus adapté à la circulation du savoir sur internet et offrent à la fois la liberté de partage et le respect de l’auteur.

OKFN Morocco : Combien passez-vous de temps en moyenne pour faire une vidéo ?

El Mahdi : ça prend de moins en moins de temps avec la pratique, pour l’intervenant, compter un peu moins d’une heure de préparation de script et environ une demi heure d’enregistrement pour une leçon, pour l’éditeur un peu plus, des fois une heure des fois beaucoup plus, mais on travail sur l’amélioration du processus d’édition qui est devenu moins aléatoire qu’au début.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’on ambitionne d’atomiser le contenu universitaire en petites leçons auto-contenues, toute la difficulté est de penser à une manière d’expliquer qui alie concision et rigueur, il ne faut pas que la leçon soit courte pour être courte, il faut que l’apprenant y trouve réponse à ce qu’il cherche.

OKFN Morocco : Comment est financé le site ?

El Mahdi : Au départ il y a eu un coup de pouce de Google et de l’EPFL, actuellement on est soutenu par l’EPFL et on cherche activement à pérenniser le projet grâce aux partenariats.

OKFN Morocco : Comment souhaitez-vous que le site se développe ?

El Mahdi : En devenant une sorte de guichet unique pour les leçons de ce type, aujourd’hui on est facilement perdu dans la jungle des vidéos éducatives en l’absence d’un standard de format qui fasse consensus. Pour ce faire on travaille sur des partenariats avec des acteurs du milieu de la recherche et l’enseignement, pour l’instant principalement avec nos collègues de l’EPFL, tout récement, des enseignants-chercheurs de l’INRIA en France ont rejoint le projet comme intervenants et on s’en réjouit.

OKFN Morocco : De quoi auriez-vous besoin pour réussir ce développement ?

El Mahdi : Que les étudiants connaissent le plus largement possible ce projet afin de l’orienter par leur besoins, et que les enseignants y contribuent, il ne faut pas se leurrer, l’enseignement en ligne est moins une affaire de plateforme qu’une affaire de qualité de contenu, on est parti très doucement il y un peu moins d’un an, actuellement on est dans une phase où de plus en plus en plus de profs nous expriment leur intérêt et où le processus de création de leçons commence à être maitrisé, et ça se concrétise par la multiplication des enregistrements effectués ce mois de mars par exemple.

OKFN Morocco : Pourquoi ce nom, Wandida ?

El Mahdi : Wandida est le nom que donnaient affectueusement les lycéens internes à Azrou dans le moyen Atlas marocain au papier Kraft qu’ils utilisaient pour étudier. Ce terme peu répondu date de la génération de mon père qui appelait ainsi le papier peu cher utilisé par le boucher ou par l’épicier pour enrober le beur. Cette première référence est à la simplicité de production des leçons de Wandida.

Aussi, étudiant, j’ai gardé un mauvais souvenir de l’enseignement-PowerPoint qui à mon point de vue (très personnel) n’est pas à sa place pour enseigner les mathématiques ou la physique, surtout quand il s’agit de transmettre la beauté d’une preuve, d’où la référence au papier qu’on voit dans les leçons, toutes donées sur un format où l’intervenant écrit de manière dynamique au fur et à mesure qu’il explique, au final on fini par prouver des théorèmes horribles dans l’imaginaire des étudiants (théorème de Bolzano-Weierstrass par exemple) en imaginant de manière ludique mais pas moins rigoureuse un soleil à l’horizon de l’écran, chose impossible en six minutes sur le papier mais possible grâce au format vidéo.

OKFN Morocco : Une petite anecdote pour finir ?!

El Mahdi : L’enregistrement de vidéos en Darija (langue maghrébine) est le plus rempli d’anecdotes, c’est une langue que la société s’interdit de prendre au sérieux et des fois on tombe nous aussi dans ce piège, mais ça nous fait plus rire qu’autre chose durant les enregistrements, on se ressaisi tout de suite après en avoir ri et on n’a pas hésité un instant à parler de Gnouss pour expliquer l’évolution des espèces (terme voulant dire éspèce mais qui peut passer pour une insulte), ou encore de Rabâa Sghira (petit quart, terme typique des marchés aux légumes) pour illustrer la résolution d’équation.

Depuis, on prend notre langue tout aussi sérieusement qu’on utilise le français, l’arabe standard ou l’anglais.

L’enseignement en ligne, même s’il est encore embryonnaire, va créer pas mal de bouleversements, l’un des plus positifs d’entre eux est d’accélérer le bien être linguistique des peuples vivant des situations amorphes comme celle du Maghreb. C’est encore tôt de faire des conclusions, mais les gens prennent leur langue plus sérieusement quand elle leur casse des idées reçues sur une théorie scientifique ou les aide à faire leurs devoirs que quand elle n’est synonyme que de séries télévisées très maladroitement doublées.

Bio de El Mahdi :

– Diplômé de Polytechnique en France et de l’E.P.F.L. en Suisse.
– Gère actuellement le site : www.wandida.com
– Co-fondateur et ex cordinateur du média-web www.mamfakinch.com

Pour contacter le projet Wandida, suivez ce lien.

Si vous connaissez d’autres initiatives du même genre, n’hésitez pas à nous en parler !

Interview réalisée par Yassir Kazar.

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